Pharmacies on line : le diable s’habille en sabots roses
Par FJ le 29 Avril 2010La perspective de la libéralisation de la vente des médicaments sur internet fait réagir les pharmaciens qui évoquent les risques graves que courraient ainsi les patients. Mais peu de voix se sont élevées pour souligner que beaucoup d’officines, surtout celles situées en zones rurales, risquaient de ne pas supporter cette nouvelle concurrence. Ou comment un pavé – numérique – de bonnes intentions peut cacher une catastrophe pour le tissu économique des territoires !
La ministre de la santé Roselyne Bachelot, qui s’est notamment illustrée en arrivant un jour de l’été 2008 au conseil des ministres en portant de superbes sabots roses, a lancé voici quelques semaines une étude qui risque de la rendre beaucoup moins sympathique aux yeux de plusieurs catégories de la population. Il s’agit de permettre la vente de certains médicaments – les non remboursables et les non soumis à prescription médicale obligatoire – sur internet.
Cette décision marquerait une rupture dans l’histoire de la pharmacie en France puisque jusqu’à présent, seuls les pharmacies, appartenant à un ou des pharmaciens diplômés, ont le droit de vendre les médicaments, quelle que soit leur classification. D’où la colère de ces derniers, qui n’ont pas manqué d’agiter le chiffon rouge des risques de santé que courraient, selon eux, les patients qui achèteraient sur internet des produits inadaptés à leur pathologie, ou des contrefaçons.
Le ministère et ses thuriféraires dans la presse distillent au contraire un discours sur les prix, expliquant qu’il n’est pas normal que des écarts allant jusqu’à un facteur 6, existe dans des pays voisins d’Europe, pour des médicaments de consommation courante, type paracétamol. De façon beaucoup plus terre à terre, puisqu’on ne voit pas bien pourquoi le docteur en pharmacie Roselyne Bachelot en voudrait tant à sa famille professionnelle, il faut ici rappeler que la question à régler avant tout, est celle de l’harmonisation de la législation française avec la jurisprudence Européenne (arrêt de la DocMorris de la CJCE de 2003).
Mais il est une autre pièce à apporter au débat. Celle de la survie des pharmacies dans les territoires. Il existait 22462 officines au 1er janvier 2009 en France, et leur nombre est en baisse depuis deux ans (d’environ 1% entre 2007 et 2009). Un nombre croissant de pharmaciens diplômés est au chômage. De nombreuses causes s’additionnent pour expliquer ces phénomènes : allongement des durées de cotisation – donc moins de places pour les jeunes diplômés- , numerus clausus en hausse, mais aussi regroupement d’officines, présence accrue dans les centres commerciaux, etc.
Plus prosaïquement, et pour une fois, écoutons donc le bon sens populaire. Que nous a-t-il toujours dit ? « Si je veux un magasin à proximité de chez moi pour mes vieux jours, quand je n’aurai plus la force ou l’envie de prendre ma voiture pour aller à CarAuMarché, je fais l’effort de visiter régulièrement celui du bout de ma rue… Même s’il est un peu plus cher ».
La question posée – mais qui ne l’a pas été aux élus territoriaux nous semble-t-il - par cette mesure envisagée pour les pharmacies dépasse ce seul périmètre.médical. Elle est de savoir si le développement à marche forcée du e-commerce, à supposer qu’elle soit une bonne chose, à long terme, pour les consommateurs, ne se révèlera pas être une catastrophe pour ce qui reste des tissus économiques locaux.
http://www.monterritoirenumerique.org n’a certes pas vocation à prôner la bougie au temps de l’électricité, ni à s’opposer à la dématérialisation des échanges, bien au contraire! En revanche, il nous parait indispensable d’alerter les décideurs locaux sur les risques induits par la révolution internet en cours. Pas tant pour les craindre que pour les anticiper et trouver des parades. Une suggestion ? Pourquoi ne pas imposer, à l’instar de ce que certaines grandes villes comme Amsterdam ont mis en place pour préserver la qualité de l’air dans la cité, l’utilisation par les e-commerçants d’un réseau contrôlé de distribution des produits sur le territoire. Via des points relais, des transporteurs mutualisés…. Et des points de contrôle pour certains produits dangereux (les médicaments !
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